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3 novembre 2017

Débrayage des transporteurs forestiers

« Le statu quo n’est pas une option »

« Depuis 2007 on se serre la ceinture, mais là, pour ma part, il n’y en a plus de trou dans la ceinture » : le 3 novembre dernier, le directeur général de la Coopérative forestière des Hautes-Laurentides (CFHL), Benoit Bisaillon, et une centaine de transporteurs forestiers des Hautes-Laurentides et de la Haute-Gatineau ont manifesté leur mécontentement par rapport à leurs conditions salariales.

Benoit Bisaillon, directeur général de la CFHL, aux transporteurs forestiers présents pour la mobilisation (photo : Alexandre Dubé - Le Courant des Hautes-Laurentides).
Benoit Bisaillon, directeur général de la CFHL, aux transporteurs forestiers présents pour la mobilisation (photo : Alexandre Dubé - Le Courant des Hautes-Laurentides).

Vous les avez peut-être croisés sur la 309 ou la 117 : plus de 100 camionneurs, séparés en deux convois qui partaient simultanément de Ferme-Neuve et de Grand-Remous, se sont rejoints à Mont-Laurier, dans le stationnement des Ateliers de Réparation B & R Ltée.

Ils souhaitent avoir de meilleures conditions salariales, réclamant que le taux horaire global passe de 100 à 115$ de l’heure, un montant « non négociable ». À titre comparatif, ils rapportent que les transporteurs ontariens jouissent d’un taux horaire oscillant entre 115 et 120$ de l’heure. M. Bisaillon croit qu’« il doit y avoir un mode de rémunération et des conditions d'exercice uniformes pour l'ensemble des camionneurs » québécois.

« Depuis 2007 on se serre la ceinture, mais là, pour ma part, il n’y en a plus de trou dans la ceinture. » - Benoit Bisaillon, directeur général de la CFHL

Une large coalition d’entrepreneurs forestiers

Pour faire bouger les choses, 11 entreprises forestières des Hautes-Laurentides et de la Haute-Gatineau ont décidé de former la Coalition des Entrepreneurs Forestiers Régionaux. Les membres de cette coalition représentent environ 90% de l’activité forestière régionale, selon Mario Camirand, représentant forestier pour l’Association nationale des camionneurs artisans inc. (ANCAI).

À la fin septembre, ils ont présenté leurs demandes à cinq usines de transformation de bois de la région : Résolu, Louisiana-Pacific, Forex Bois nobles, Commonwealth Plywood et le Groupe Crête division St-Faustin. Bien que la coalition ait déjà manifesté à plusieurs reprises son désir de s’asseoir avec les transformateurs, ceux-ci ne leur ont pas encore répondu.

Les membres de la coalition se rencontreront la semaine prochaine pour dresser un bilan de la mobilisation. Ils y détermineront les actions à prendre pour la suite des choses, mais avertissent d’ores et déjà que le 1er janvier 2018 sera pour eux la « date ultime de règlement de ce dossier ». Ils n’excluent pas la possibilité de tenir d’autres journées de débrayage advenant que la situation ne progresse pas.

Au sein de la coalition, on retrouve les Entreprises JMP inc., les Créations Madéro inc., P.J. St-Louis, Filion Entrepreneur Forestier, la Coopérative Forestière des Hautes-Laurentides, la Coopérative de solidarité des entrepreneurs de al Gatineau, l’Association des transporteurs de bois privé du Nord, R.R.F. Perrier inc, Papineau & Dufour Ltée, Les Entreprises A.M.L. 2000 et Tronçonnage Gagnon inc.

Une stratégie de mobilisation « juste et équitable »

Benoit Bisaillon explique pourquoi la coalition a choisi d’adopter une stratégie qui « n’est pas agressive, mais qui est juste et équitable » : « Nous on ne veut pas fermer d’usine, on ne veut pas en prendre un en otage. Ça aurait été relativement simple de dire “Une usine qui n’a pas beaucoup d’inventaires, on arrête de livrer là”. C’est pas ça qu’on veut, c’est nos collègues, c’est nos partenaires d’affaires. »

Des effectifs réduits, une industrie en danger

Tant au niveau provincial que local, on observe une diminution du nombre de transporteurs forestiers sur les routes québécoises. Au niveau de l’ANCAI, Mario Camirand constate que le « membership diminue année après année », que ce soit à cause « des faillites, des changements de carrière, des ventes de camion [ou encore] des retraites anticipées ».

M. Camirand souligne qu’en 2006-2007 un camion avec une remorque coutait environ 175 000$ alors que la facture franchirait aujourd’hui la barre des 300 000$. Pourtant, pour la même période, le salaire des transporteurs n’aurait pas augmenté. Il croit que s’« il n’y a pas de relève qui se crée au niveau du transport forestier […] c’est qu’il n’y a aucune rentabilité à s’acheter un camion forestier aujourd’hui ».

« Dans la région, on a perdu, de 2007 à 2013, 80 camions. […] Pour te donner une idée, c’est comme deux fois la capacité d’approvisionnement d’une usine comme [Forex à] Ferme-Neuve. » - Benoit Bisaillon

Si la situation continue à se détériorer dans les prochaines années, l’industrie forestière pourrait en souffrir grandement, puisque si le nombre de transporteurs ne suffit plus à acheminer le bois des chantiers aux usines, celles-ci devront ralentir leurs activités de transformation.

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