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6 juin 2018

Négociation locale de convention collective

Manifestations surprises à Mont-Laurier et Rivière-Rouge

Des employés de la santé ont manifesté silencieusement dans les corridors des ressources humaines des centres hospitaliers de Mont-Laurier et Rivière-Rouge le 5 juin dernier pour réclamer plus de stabilité dans leur prochaine convention collective.

Un agent de sécurité a escorté la trentaine de manifestants qui circulaient dans le corridor des ressources humaines du Centre hospitalier de Mont-Laurier le 5 juin dernier (photo: Alexandre Dubé  - Le Courant des Hautes-Laurentides).
Un agent de sécurité a escorté la trentaine de manifestants qui circulaient dans le corridor des ressources humaines du Centre hospitalier de Mont-Laurier le 5 juin dernier (photo: Alexandre Dubé - Le Courant des Hautes-Laurentides).

L’impatience se fait de plus en plus ressentir dans les rangs du Syndicat des professionnelles en soins des Laurentides, associé à la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ – SPSL), qui négocie depuis plusieurs mois la nouvelle convention collective de ses membres infirmières, infirmières auxiliaires et inhalothérapeutes.

Les représentants syndicaux s’étaient assis la veille de la manifestation, le 4 juin, pour une 30e fois avec l’employeur, le Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) des Laurentides, mais les négociations sont toujours dans l’impasse.

Le CISSS prit par surprise

Ils ont donc décidé prendre de court la direction du CISSS des Laurentides en annonçant le soir même que le lendemain, 5 juin, ils prendraient d’assaut, en silence, les corridors des ressources humaines des centres hospitaliers de Mont-Laurier et Rivière-Rouge.

Ce n’est d’ailleurs pas le syndicat qui a avisé le CISSS de la tenue d’une manifestation, mais bien la Sûreté du Québec. C’est ce qu’a confirmé au Courant des Hautes-Laurentides Thaïs Dubé, agente d’information pivot au CISSS des Laurentides.

«Habituellement, afin de maintenir le climat de saine collaboration qui doit être de mise entre les instances syndicales et l’employeur, les syndicats nous tiennent informés de leur intention de manifester […] Malheureusement, cette fois-ci, cela n’a pas été le cas», déplore-t-elle.

Arborant les couleurs de la FIQ – SPSL, bandana au visage, drapeaux et pancartes à la main, une trentaine de syndiqués ont déambulé pendant une quinzaine de minutes dans les corridors de l’établissement lauriermontois.

Sur leurs pancartes, on pouvait lire des messages tels que «L’employeur n’entend pas nos demandes, il a une banane dans l’oreille!», «200 km matin et soir? Non merci! Compris Foisy?», «Non, je ne veux pas aller travailler à Saint-Jérôme!» et «Des vacances d’été en octobre? Non merci!». On y retrouvait aussi le mot-clic #stabilite?fiqlaurentides.

De nombreux patients ont offert leur soutien au cortège lorsqu’il a traversé la salle d’attente de l’urgence.

Un agent de sécurité Garda, embauché par le CISSS «afin d’assurer la quiétude des usagers» durant la mobilisation, a tôt fait d’inviter les manifestants à sortir de la bâtisse. Ceux-ci n’ont pas offert de résistance, estimant avoir déjà fait passer leur message.

Plus de stabilité

La présidente de la FIQ – SPSL, Julie Daignault, reconnaît qu’il y a «certaines avancées» à la table des négociations sur plusieurs des 26 points en discussion, qui n’incluent pas les conditions salariales, négociées nationalement, mais plutôt les conditions de travail.

Là où le bât blesse, c’est que la direction du CISSS des Laurentides voudrait que les employés puissent être déplacés sur plusieurs établissements de santé différents, ce que refuse bec et ongle le syndicat.

«Présentement, ce que [les dirigeants] veulent, c’est qu’un centre d’activités, donc notre lieu de travail, soit sur plusieurs installations dans le CISSS des Laurentides», déplore Mme Daignault. À ses dires, le CISSS tiendrait toujours à délimiter des «centres d’activités sur plusieurs dizaines de kilomètres».

Parmi ses arguments, la présidente de la FIQ – SPSL évoque la conciliation travail-famille, mais craint également que les services aux patients ne puissent en souffrir.

«On veut donner des soins de qualité aux patients, soutient Mme Daignault. On veut que ça soit sécuritaire, puis une continuité de soins aussi, donc s’ils sont tout le temps en train de nous déplacer d’une place à l’autre, bien ça va achopper à ce niveau-là pour les patients.»

Elle croit qu’il y a des «types de centres d’activités qui pourraient faire toute la grandeur des Laurentides», dépendamment des spécialités. Mais est-ce que cela pourrait permettre au CISSS de bonifier l’offre de service dans les Hautes-Laurentides? «Ça sera à voir», répond la présidente du syndicat.

Un point qui fait litige ailleurs aussi

La FIQ – SPSL n’est pas la seule à devoir composer avec l’enjeu de la stabilité de ses membres. En fait, aucun syndicat affilié à la FIQ n’est parvenu à signer un règlement de convention collective à ce jour. Julie Daignault rapporte d’ailleurs que «c’est un genre de mot d’ordre qui semble être un peu partout» dans les régions où il y a eu fusion des centres de santé et de services sociaux (CSSS), en 2015.

Encore quelques mois pour s’entendre

La direction du CISSS des Laurentides et la FIQ – SPSL ont jusqu’au 31 octobre pour en venir à un règlement de convention collective. Si rien n’est convenu d’ici cette date, ils devront se tourner vers la médiation, puis ensuite l’arbitrage.

Escalade des moyens des pressions

Les moyens de pression des syndiqués devraient s’intensifier et se diversifier dans les prochains jours et semaines. Lors de la dernière assemblée générale, les membres ont voté a? l’unanimité en faveur d’une augmentation de la lourdeur des moyens de pression, indique la FIQ – SPSL.

Les manifestations silencieuses du 5 juin feraient partie d’un «nombre exceptionnel d’idées qui seront mises en place dans les prochains jours». Une manifestation conjointe avec l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) était d’ailleurs prévue le 7 juin à midi au Centre hospitalier de Saint-Eustache.

À la fin du rassemblement à Mont-Laurier, Mme Daignault a félicité les manifestants en leur disant qu’elle pensait qu’ils tenaient maintenant «le gros bout du bâton». Un des leaders de la manifestation, Anarchobanane, a ajouté, sur un ton plus incisif, «On a le gros bout, puis on va fesser».

Le CISSS nuance les allégations syndicales

Du côté de la direction du CISSS des Laurentides, on dément catégoriquement plusieurs affirmations de la FIQ – SPSL. «Il n’est nullement question et n’a jamais été question pour un employé de parcourir des centaines de kilomètres pour aller travailler», martèle Thaïs Dubé.

L’agente d’information reconnaît qu’on souhaite implanter «une certaine mobilité du personnel afin de dispenser les soins et de répondre aux besoins de la clientèle», mais elle assure que les dirigeants sont «conscients que le territoire que nous desservons est très grand».

«C’est pourquoi nous souhaitons que cette mobilité soit limitée à des secteurs géographiques précis afin que le tout se réalise dans des limites acceptables», ajoute-t-elle. D’après le CISSS, «une plus grande mobilité du personnel serait également à l’avantage des employés figurant sur la liste de rappel qui verraient la possibilité de maximiser leurs disponibilités et ainsi combler leur semaine de travail dans plus d’une installation».

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