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3 avril 2019

L’auto-sabordage

Frédéric Bérard

Curieux, parfois, comment la politique peut réserver les plus grandes surprises. Comment les certitudes en acier trempé peuvent fondre, en un rien de temps, comme Mr. Freeze au soleil. Comment il n’existe absolument aucun type quelconque de droits acquis.

Parlez-en à Trudeau. Sans évidemment faire l’unanimité, disons que plusieurs des crises et crisettes traversées par lui-même ou son gouvernement ont été, et il s’agit d’un euphémisme, des plus relaxes. Qui se souvient, encore aujourd’hui, de l’histoire des Paradise Papers? De ses vacances familiales chez l’Aga Khan? De la journaliste l’ayant accusé, pas plus tard que l’an dernier, de comportement sexuel inapproprié? De l’achat d’un pipeline devenu persona non grata même chez la pétrolière en question? Très, ou trop peu.

L’homme-téflon de la politique canadienne semblait ainsi voguer aisément vers un second mandat, manifestement majoritaire. Jusqu’à ce qu’une bombe éclate. Un indomptable artifice co-nommé Wilson-Raybould et SNC Lavalin. Incommensurable feu de joie du média. Le Noël des campeurs de l’Opposition.

Quelle histoire, non? D’aucuns auraient pu parier que celle-ci, comme les autres mentionnées précédemment, ce seraient éteintes entre deux selfies et trois costumes de Superman. Eh ben non. Faut dire, par contre, que certains, voire certaines, s’assurent de souffler, quotidiennement, sur les braises ardentes. Qui donc? Deux anciennes ministres libérales ayant déjà annoncé leur intention de se représenter sous cette bannière en… octobre prochain.

Vous y comprenez quelque chose, vous? À chaque jour ou presque, les Jody Wilson-Raybould et Jane Philpott menacent leur propre gouvernement, leur propre chef et premier ministre et, conséquemment, leur propre parti, de dévoiler de nouvelles révélations.

«Il reste beaucoup de choses à dire sur cette histoire!!», de tonner Philpott, ex-présidente du Conseil du Trésor.

«Je vais livrer un nouveau témoignage écrit au comité en charge», d’ajouter Wilson-Raybould, ancienne de la Justice et des Anciens combattants, par qui tout cette histoire a pris naissance.

Voilà qui dépasse l’entendement. De quoi rendre fou le plus flegmatique et imperturbable des chefs de gouvernement. Et pour cause.

D’abord, parce que ce petit jeu de menaces est probablement le plus insidieux, et dangereux, qu’il soit. Comment se défendre contre des trucs intangibles laissant néanmoins craindre le pire, ce dernier étant, on l’a compris, la preuve d’une corruption directe ou indirecte de Trudeau ou des membres de son gouvernement par les dirigeants ou messagers de SNC? La réputation on ne peut plus catastrophique de celle-ci, côté probité, rendrait la chose encore plus aisément plausible.

Ensuite, parce que ce même jeu de menaces n’a d’impact que du fait… qu’il ne se terminera visiblement jamais. Pourquoi nos deux ex-ministres ne crachent-elles pas immédiatement le morceau, si ce dernier est si immonde, au fait?

Troisièmement, parce qu’il s’agit de femmes, dont une autochtone, deux groupes électoraux dont Trudeau a tenté, et réussi jusqu’à aujourd’hui, à séduire. Les foutre dehors ne ferait potentiellement qu’envenimer l’affaire, surtout que le père de Wilson-Raybould, leader respecté de la communauté autochtone, a déjà déclaré que la destitution de sa fille était un acte raciste et misogyne. Hilalala.

Morale de l’histoire? Un bateau en train couler, donc, pour cause d’auto-sabotage lequel est mené, ô ironiquement, sous les yeux ébahis d’un capitaine qui l’est tout autant…

«Vous y comprenez quelque chose, vous? À chaque jour ou presque, les Jody Wilson-Raybould et Jane Philpott menacent leur propre gouvernement, leur propre chef et premier ministre et, conséquemment, leur propre parti, de dévoiler de nouvelles révélations.»

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Frédéric Bérard

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