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14 août 2019

Disparition des municipalités

Pierre Bernier persiste et signe

La parution de certains articles dans lesquels Pierre Bernier, président du Groupe Ambition, affirmait que plus de 200 municipalités au Québec pourraient fermer d’ici 2025 à cause d’une dévitalisation croissante, a créé beaucoup de vagues. Les municipalités de la région, dont le nom apparait dans l’étude de M. Bernier, sont surprises, se questionnent et aimeraient bien savoir sur quoi il s’est basé pour tirer de telles conclusions. Le Courant a communiqué avec lui pour en savoir plus.

Kathleen Godmer , journaliste

« Quand le déclin est enclenché, c’est presque impossible de faire un virage pour créer une intensité économique qui est positive », soutient Pierre Bernier, président du Groupe Ambition, en médaillon sur la photo (photo : montage – Le Courant des Hautes-Laurentides).
« Quand le déclin est enclenché, c’est presque impossible de faire un virage pour créer une intensité économique qui est positive », soutient Pierre Bernier, président du Groupe Ambition, en médaillon sur la photo (photo : montage – Le Courant des Hautes-Laurentides).

Est-ce que vous vous attendiez à ce que vos résultats fassent autant de vagues ?

« Au départ c’est une journaliste de Québec qui est entrée en communication avec moi, car elle savait que je donnais des conférences sur l’évolution démographique. Elle voulait traiter le sujet de la vitalité économique qui est rarement abordé dans les journaux. Elle a décidé de prendre cet angle et d’utiliser mes données pour faire son reportage. Il y a un nombre important de villes et municipalités qui sont dévitalisées et elle a choisi certaines de ces municipalités pour citer dans son texte. Je n’étais pas du tout au courant. C’était sa décision, même si je n’étais pas tout à fait d’accord. Elle parle de 200 qui sont menacées, mais en fait, il est question de 233. On m’attribue des choix de villes, mais pour ce bout-là, ce n’est pas mon ressort, mais celui de la journaliste. Je crois que c’est ce qui a fait en sorte qu’il y a eu beaucoup de réactions ».

Les municipalités de la région dont les noms sont ressortis se questionnent beaucoup à savoir de quelle façon l’étude avait été faite et sur quoi elle se basait, car personne n’est entré en contact avec elles pour leur poser des questions. Expliquez-nous.

« C’est vrai, il n’y a pas eu de communication, mais je suis plusieurs indicateurs pour être capable de tracer la perspective des communautés. Un des principaux ouvrages sur lequel je me suis basé est le document officiel publié par l’Institut Statistique du Québec sur l’indice de vitalité économique. À ce document, pour évaluer le futur des communautés, j’utilise trois autres données : l’âge médian de la population, l’indice de remplacement à savoir le nombre de personnes âgées de 20-29 ans disponibles pour remplacer les 55-64 susceptibles de prendre leur retraite et le nombre de personnes de 20-64 ans disponibles pour travailler. En prenant ces indicateurs, il est possible de prévoir ce qui s’en vient ».

Comme vous restez sur votre position, pouvez-vous expliquer vos conclusions pour Antoine-Labelle ?

« Quand on parle de dévitalisation, c’est vraiment très difficile de revitaliser une communauté. Quand le déclin est enclenché, c’est presque impossible de faire un virage pour créer une intensité économique qui est positive. Dans Antoine-Labelle, il y a quand même plusieurs villes et municipalités touchées. Toutes celles qui ont autour de 500 habitants et moins sont fortement menacées. J’ai ciblé particulièrement : L’Ascension, Mont-Saint-Michel, Ste-Anne-du-Lac, Lac-Saguay, Rivière-Rouge, Notre-Dame-de-Pontmain et Lac-du-Cerf qui ont un taux de dévitalisation particulièrement élevé. Pour la MRC de Antoine-Labelle, l’âge médian de la population est actuellement de 52,9 ans et sera à 57 ans dans 15 ans, ce qui la situera en 8e position parmi les plus vieilles au Québec. L’indice de remplacement se situe actuellement autour de 41,4%, soit 41,4 personnes de 20-29 ans disponibles pour remplacer 100 personnes âgées de 55-64 ans susceptibles de prendre leur retraite. Pour le nombre de 20-64 ans, la MRC passera de 20 626 personnes à 17 415 personnes d’ici les 15 prochaines années pour une baisse de 15,6%. Tous ces indices expliquent pourquoi les employeurs ont et auront de la difficulté à combler les postes à pourvoir et pourquoi les bris de service sont à prévoir dans cette MRC et partout au Québec. Et ce n’est rien comparativement à ce qui s’en vient ».

Ne pensez-vous pas que la sortie de telles nouvelles peut nuire à ces municipalités qui, justement, essaient de recruter et de faire en sorte qu’on vienne s’installer chez elles ?

« Écoutez, ce n’est pas nouveau. Ça fait déjà plusieurs années que les leaders socioéconomiques tentent de réfléchir sur qu’est-ce qui va créer un renouveau économique dans les communautés, mais je ne suis pas certain qu’ils ont trouvé. C’est difficile de recréer une dynamique économique qui est positive. Je ne dis pas que les villes et municipalités vont fermer demain matin, mais elles vont être appelées à réfléchir sérieusement sur comment regrouper les services à la population entre municipalités et même, peut-être, sur comment assurer une survie ou la pérennité du milieu, surtout quand il n’y a pas de jeunes familles qui s’installent. Maintenant, ce dont on s’aperçoit, c’est que le vieillissement de la population s’accélère de plus en plus et quand on est rendu dans une communauté avec un âge médian en haut de 50 ans, on doit s’arrêter et faire des choix. On doit se questionner sur la possibilité de fermer ou de se regrouper au niveau des services de façon à s’optimiser. C’est certain que rendu-là, on ne parle plus de croissance.

Quelle est votre conclusion face à ce qu’ont engendré vos recherches et le dévoilement de ses résultats ?

« Au départ c’était la journaliste qui me posait des questions sur ma perception de l’avenir et c’est lorsque j’ai mentionné que certaines villes étaient menacées de disparition que les questions sont devenues plus intenses et que j’ai fait cette recherche. Tout a été bien fait et est vraiment basé sur l’indice de vitalité économique qui a été développée par l’Institut de la Statistique. Le reste est venu d’elle. Ce n’était pas une démarche de dénonciation de ma part. Je suis président et propriétaire du Groupe Ambition dont le rôle est d’offrir des conférences qui parlent des perspectives et de ce qui s’en vient au Québec au niveau de la démographie et du vieillissement de la population. L’économie peut changer, l’évolution démographique peut changer, mais avec ces chiffres-là, on est capable de prévoir ce qui va arriver. Le défi qu’on a au Québec est maintenant de trouver comment faire pour supporter les services à la population avec une population vieillissante et peu ou pas de relève ».

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Kathleen Godmer , journaliste

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