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11 septembre 2019

Festival international de théâtre

Le théâtre comme remède au populisme

L’ouverture de la 9e édition du Festival international de théâtre a pris un accent grave mais ponctué d’espoir, lorsque le président d’honneur, Frédéric Bérard, est monté sur scène pour livrer son discours.

Simon Dominé , Rédacteur en chef

Un comédien de la troupe italienne Malochi Profumi (photo : Simon Dominé – Le Courant des Hautes-Laurentides).
Un comédien de la troupe italienne Malochi Profumi (photo : Simon Dominé – Le Courant des Hautes-Laurentides).

« Bonsoir, je ne suis pas un politicien, donc je n’ai pas de discours avec moi. Je vais vous parler avec mon cœur. Malheureusement, je n’ai pas assez de temps pour vous dire à quel point l’honneur est pour moi, vous dire à quel point je suis fier d’être originaire d’une région qui tient dans ses rangs, sur ses terres, le plus grand festival du genre en Amérique », a-t-il déclaré, avant de se remémorer combien l’accès au théâtre avait eu une influence positive sur sa vie, lorsqu’il n’était encore qu’un jeune adulte « qui se cherchait ».

Préoccupé par les « déchirures » et « le populisme qui prend de l’ampleur à chaque jour », le politologue natif de Mont-Laurier déplore « l’intolérance » dont il est témoin, entre autres, lors de ses voyages dans le monde.

Antidote à la peur et à la haine

« J’ai eu la chance d’aller à Auschwitz cet été avec ma fille. On en est sorti absolument bouleversés, comme vous pouvez vous en douter. Et je vois ce qui se passe à travers la planète et je me dis que si on n’est pas rendu là, il y a quand même des graines de ce qui s’est déjà passé », a-t-il ajouté.

Très attaché à son patelin natal, il s’est dit très heureux d’être associé à ce festival : « S’il y a un antidote à ce populisme, à ce racisme, à cette intolérance, c’est certainement la culture, c’est certainement le théâtre (…) », qui permet à tous de se jaser « malgré les obstacles de la langue » et de prendre une bière « pour se comprendre ».

« S’il y avait plus de Mont-Laurier dans le monde, on verrait certainement beaucoup moins de ce que l’on voit actuellement. Si on était capable de mousser cette magnifique initiative (…), l’humanité s’en porterait certainement mieux », a-t-il poursuivi, déclenchant un tonnerre d’applaudissements.

« Pas faire semblant »

Croisé dans le hall de l’Espace Théâtre pendant l’entracte, il a expliqué pourquoi il avait donné une telle coloration à son discours de bienvenue : « Je suis un très mauvais menteur moi dans la vie. (…). Je suis assez pessimiste actuellement – disons-le franchement – sur la survie de l’humanité. Je ne voulais pas faire semblant avec les gens ce soir, faire un discours jovialiste, parce que je n’y crois pas. En même temps, ce à quoi je crois et c’est important de le dire, c’est ce que j’essaye de communiquer : c’est que s’il y a un rempart contre le populisme, le racisme, ce qui se passe actuellement, c’est clairement, à mon avis, des soirées comme ce soir, des festivals comme celui de cette semaine, qui amènent les gens à se parler, les peuples à franchir certaines frontières, à laisser tomber les barrières (…) ».

Envoyer le message

Approché il y a près d’un an par la présidente du festival pour être le président d’honneur de la 9e édition, il a accepté sur le champ : « C’est pas quelque chose qui se refuse. (…). C’est le genre de choses qu’il faut encourager, que moi j’encourage à tout le moins ».

Peu avant le déclenchement du festival, il a d’ailleurs diffusé une vidéo pour promouvoir l’événement auprès des Montréalais. Comment a-t-elle été reçue ? « Très bien. J’ai reçu plusieurs commentaires. Je sais que la vidéo a été bien vue. (…). Je me doutais que la grande majorité de ces gens-là n’allait pas débarquer ici avec leur baluchon en dix minutes, mais à la limite on s’en fout. L’idée, c’était de l’envoyer le message : que la culture et les régions peuvent aller ensemble ».

« Si on était capable de mousser cette magnifique initiative (…), l’humanité s’en porterait certainement mieux. »

– Frédéric Bérard

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Simon Dominé , Rédacteur en chef

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