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6 novembre 2019

Les faits sont têtus

Frédéric Bérard

Le titre n’est pas de moi, mais bien de Lénine. Cette lapalissade (en est-ce encore une en cette ère de fausses nouvelles?) m’est venue à l’esprit en lisant un article dans La Presse. On y apprenait que l’Université Laval (UL) a rompu un partenariat qui l’unissait à Reynald Du Berger, un de ses anciens professeurs devenu chroniqueur à Radio X et, surtout, défenseur de thèses climatosceptiques. Plus précisément, la Fondation de l’Université a décidé d’abolir une nouvelle bourse au nom de Du Berger. 

Elle écrit : « Après avoir été informés de vos prises de position publiques qui vont à l’encontre des valeurs prônées par l’Université Laval et sa fondation, nous sommes contraints de mettre fin à notre partenariat en ce qui a trait à l’offre de la bourse d’études ».

Bien que l’UL n’explique pas clairement la teneur des reproches, une brève recherche au sujet du donateur déchu permet d’apprendre qu’on parle ici d’une figure majeure du mouvement climatosceptique québécois, qui estime que l’effet humain sur les changements climatiques est minime. En outre, il publiait récemment sur un blogue personnel une image de Greta Thunberg en la référant à la jeunesse hitlérienne. Ajoutant que, comme beaucoup d’autres, celle-ci serait manipulée et payée par des forces obscures (qu’il est incapable de nommer, évidemment), il poursuit de façon éhontée : « On a pris soin de choisir une gamine affligée d’un très léger handicap […] Génial, car cela la protège contre les attaques des méchants comme moi. »

Ce que je pense de Du Berger? À part qu’il fasse manifestement partie d’un de ces mon’onc-jambons qui attaquent une jeune fille de 16 ans sur son handicap mental, ceci leur permettant de faire dévier le débat et leur évitant de fournir des contre-preuves à leur argumentaire, pas grand-chose. En fait, j’ignorais son existence jusqu’à la publication de cette nouvelle. Pas une mauvaise affaire. Parce qu’au tableau de ses gênants propos indignes d’un intellectuel s’ajoutent ceux qu’il tient à l’encontre des musulmans. Un climatosceptique-islamophobe. Beau portrait. 

Cela dit, l’universitaire en moi demeure un brin chambranlé. Est-ce la mission de nos institutions de haut savoir de fermer la gueule, peu importe la façon, à ceux et celles qui expriment une dissidence sur quelconque consensus scientifique? Oui, évidemment. Et s’il est impossible de remettre en question ces postures, voire dogmes, à l’intérieur des quatre murs des universités, où pourra-t-on avoir ces névralgiques débats? Vrai, vrai, et vrai. 

MAIS. Parce que oui, il y a un mais. Un mais qui se pose avec une question : est-ce qu’il y a une limite à dire n’importe quoi, à remettre en question des faits, sans contre-arguments, pour le simple plaisir d’instrumentaliser une cause politico-idéologique? Peut-on par exemple nier que la terre est ovale sans démonstration scientifique? Idem pour le fait que l’homme descend du singe? Que les vaccins NE CAUSENT PAS l’autisme? 

Alors je répondrais oui, il y a des limites à dire des sottises, particulièrement de la part d’un universitaire qui occupe des tribunes médiatiques en surfant sur une prétendue crédibilité scientifique. Parce qu’évidemment, d’autres seront tentés d’instrumentaliser ces propos à des fins intéressées. Et ils réussiront, car une partie de la population, comme au temps de Galilée et Darwin, sera malheureusement attentive et tentée par les sophismes, demi-vérités et théories du complot. 

Que disait la biographe de Voltaire, déjà? Ah oui : « Mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose ». 

Pas mal ça.

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Frédéric Bérard

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