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25 décembre 2019

Éducation

Les enseignants veulent négocier de meilleures conditions

:Pour les 65 000 enseignants du Québec, l’heure des négociations a sonné. Leur convention collective arrive à échéance le 31 mars prochain. Daniel Boisjoli, président du Syndicat du personnel enseignant des Hautes-Rivières (SPHEHR) a fait le point sur leurs revendications avec L’info.

Simon Dominé , Rédacteur en chef

Le dépôt syndical a été fait le 17 octobre dernier. Les négociations commenceront véritablement le 16 janvier 2020.

Nul doute que le gouvernement caquiste de François Legault va se faire remettre sur le nez une des promesses phares de sa campagne de 2018 : celle de revaloriser l’éducation. 

« Ç’a été l’adage de la CAQ pour rentrer au pouvoir. »

-Daniel Boisjoli

Selon le syndicaliste, les enseignants qu’ils représente ont voté à 97 % pour faire de la lourdeur de la tâche, de la précarité et de la rémunération, les trois enjeux de la négociation. 

Lourdeur et complexification de la tâche

Il y a d’abord les tâches administratives, qui se rajoutent à l’horaire des profs : « La tâche est lourde, parce que l’enseignant, même si la convention collective prévoit qu’il est 32 heures à l’école, et bien il a déjà été évalué dans le cadre du règlement de l’équité salariale au début des années 2000 qu’un prof ça ne travaille pas 32 heures. Ça travaille, en moyenne, environ 40 heures par semaine », assure M. Boisjoli.

Vient ensuite toute la question de la formation continue, avec l’évolution des nouvelles technologies qui sont intégrées à l’enseignement. « L’éducation, c’est une science. Alors, il y a de nouvelles recherches tout le temps et il faut s’adapter à toutes les recherches probantes qui viennent énoncer de nouvelles façons de faire », mentionne le président du SPEHR. 

Par-dessus tout, les profs aimeraient que le nombre d’élèves nécessitant un plan d’intervention soit mieux pris en compte quand vient le temps d’évaluer la lourdeur de la tâche. 

« On veut composer la classe en lien avec le nombre de plans d’interventions. »

-Daniel Boisjoli

Selon le syndicaliste, les élèves en difficulté sont plus nombreux depuis quelques années : « En dix ans, je dirais que le nombre d’élèves intégrés a quasi doublé ». Comment cela s’explique? « On est plus en mesure de diagnostiquer les élèves en difficulté d’apprentissage », répond M. Boisjoli. 

Précarité en contexte de pénurie de main-d’œuvre 

M. Boisjoli évoque ensuite la précarité des enseignants qui commencent dans le métier, alors même que les profs constituent de plus en plus une denrée rare.

Le SPEHR représente 1 300 enseignants dans les Laurentides et en Outaouais, dont les deux tiers travaillent à la Commission scolaire Pierre-Neveu (CSPN) et le reste à la Commission scolaire des Hauts-Bois de l’Outaouais (CSHBO). À la CSPN, on parle de rareté de main-d’œuvre, mais à la situation à la CSHBO est encore plus préoccupante : dans ce cas, on parle désormais de pénurie. 

Et pourtant, débuter dans le métier semble difficile d’après le président du SPEHR : « (…) un enseignant qui commence, au début, les premiers échelons, c’est environ 46 000$ par année. Souvent, ils ont des contrats à 40, 50 ou 60 %. Ils sont précaires longtemps. C’est pas très attrayant ». 

Il est de plus en plus difficile de trouver des enseignants légalement qualifiés pour pallier aux congés de maternités, congés de maladies et départ à la retraite. 

« C’est bien beau le bon-vouloir, mais tu ne t’improvises pas enseignant du jour au lendemain. C’est pas pour rien qu’on a une formation universitaire de quatre ans. »

Daniel Boisjoli

« On a déjà vu des gens qui n’ont même pas de qualification universitaire faire du remplacement. Et je pourrais aller plus loin que ça », souligne M. Boisjoli.

Rémunération

En ce qui concerne la rémunération, les profs demandent une majoration de 8 % dès la première année de la nouvelle convention collective, afin de rattraper la moyenne canadienne. 

À noter qu’à ces réclamations des profs dans le cadre de leur négociation sectorielle s’ajoutent celles de la négociation intersectorielle (salaire, retraite, droits parentaux, disparité régionale), qui concerne tous les services publics et qui s’effectue de manière simultanée. 

Les demandes dans la négociation intersectorielle sont d’obtenir 2$ de plus de l’heure dès 2019-2020, avec une augmentation de 3 % par année ensuite, précise M. Boisjoli.

« Ça peut paraître énorme, mais il y a du rattrapage à faire dans tous les secteurs (…), lance le syndicaliste. (…) il y a une revalorisation à avoir dans le travail de tout le secteur public confondu, peu importe les tâches. »

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Simon Dominé , Rédacteur en chef

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