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26 juin 2020

Secteur du barrage Kiamika

Mécontentement après une coupe partielle sur le chemin du Panorama

Une coupe partielle effectuée cet hiver sur le chemin du Panorama a suscité le mécontentement de la Municipalité de Chute-Saint-Philippe et du Parc régional du réservoir Kiamika (PRRK). De son côté, le ministère de la Forêt, de la Faune et des Parcs (MFFP) ne semble pas alarmé outre mesure par ce qu’il a constaté sur le terrain. 

Simon Dominé , Rédacteur en chef

Des photos prises le 6 mai dernier sur le chemin du Panorama, à Chute-Saint-Philippe.
Des photos prises le 6 mai dernier sur le chemin du Panorama, à Chute-Saint-Philippe.
© (Photo gracieuseté)

Le conseil municipal de Chute-Saint-Philippe, qui investit avec d’autres partenaires de l’argent sur le chemin du Panorama, a fait connaître publiquement ses griefs le 12 mai lors de sa réunion.

Situé sur le territoire de Chute-Saint-Philippe, le chemin du Panorama relie le noyau villageois au secteur du barrage Kiamika. Cette artère de 16 km est également la principale porte d’entrée pour les visiteurs du PRRK.

« Des infractions évidentes »

Selon les élus municipaux, l’entrepreneur en charge des travaux aurait laissé des résidus de bois dans les fossés et sur le chemin, en plus d’abîmer ce dernier. Dans leur résolution, ils avancent que « ce chantier présente plusieurs infractions évidentes à la loi sur les terres publiques ainsi que le règlement sur l’aménagement durable des forêts du domaine de l’État, plus particulièrement sur les aires d’empilage et de débardage ».

« Ils ont scrapé le chemin, ils ont laissé un paquet de branches. Pas des petites branches, des branches de six pouces de diamètre. Ils en ont laissé tout le long du chemin. » - Normand St-Amour, maire de Chute-Saint-Philippe

Le chantier en question, une coupe partielle de 163 ha, a donné une récolte de bois de 8 500 mètres cubes, composée d’érables, de bouleaux jaunes, mais aussi de quelques résineux. Le tout est destiné à des entreprises des Laurentides et de l’Outaouais. Le bois de moindre qualité servira de bois de chauffage. Cela a nécessité environ 250 voyages.

Réaction du MFFP

Saisi du dossier, le MFFP a bien relevé quelques problématiques, mais aucune infraction majeure, comme le laissait entendre la Municipalité de Chute-Saint-Philippe.

« Le MFFP a émis un avis de correctifs qui doivent assurer la remise en état du chemin dans un état équivalent à ce qui prévalait avant la coupe de bois tel que prévu aux ententes », a mentionné le 5 juin Caroline Bujold, conseillère en communication au ministère.

À ce moment-là, il restait encore deux voyages de bois à transporter, a-t-elle expliqué, avant d’ajouter qu’« Un passage de niveleuse sera fait d’ici peu, du chalet de ski de fond jusqu’au bout du chantier, et ce, afin de ramener le chemin en état. »

« Si les correctifs ne sont pas exécutés à la satisfaction du MFFP, des sanctions pourront être appliquées en vertu du contrat de coupe. » - Caroline Bujold du MFFFP

Le ministère s’en assurera et un suivi avec l’entrepreneur sera fait. La remise en état et les éventuelles réparations du chemin seront à sa charge, a stipulé le MFFP.

La Covid-19 est-elle venue retarder les opérations de nettoyage? C’est ce que laisse entendre le ministère : « Le transport du bois a été interrompu en mars dans la foulée de la pandémie de la COVID-19. En général, le transport du bois doit normalement être complété préalablement au nettoyage et au nivelage du chemin ».

« Un paysage indésirable pour les clients »

Marie-Claude Provost, directrice générale du PRRK confirme l’importance de ce chemin pour le parc qui ne cesse de se faire connaître à l’extérieur de la MRC d’Antoine-Labelle : « L’année dernière, on a eu une augmentation de 208% de nos revenus et il y avait beaucoup de clients de Montréal qui venaient », a-t-elle confié le 8 juin. Bien sûr, il y a d’autres chemins pour accéder au réservoir Kiamika, mais en pourcentage, celui du Panorama c’est 50% de la clientèle.

Autant dire que pour la directrice générale, qui n’était pas avisée de cette coupe partielle et qui entamait justement une demande de subvention afin d’améliorer l’état du chemin, la situation fait l’effet d’une douche froide.

« Il n’y a pas de retombées économiques pour la région de Chute-Saint-Philippe, il n’y a pas de redevances, rien. Les gens viennent, coupent les arbres, repartent, ça scrape les chemins, ça scrape tout. Et ce qui reste en arrière, c’est un paysage indésirable pour les clients qui viennent dans le parc. » - Marie-Claude Provost

Selon elle, c’est une occasion manquée de donner une première bonne impression aux touristes venus vivre une aventure nature. « C’est pas une image que je veux donner à mon client », déplore-t-elle.

En outre, la nonchalance avec laquelle on lui aurait répondu quand elle a interpellé la première fois le MFFP lui laisse un goût amer. « Ils m’ont répondu et ça je tiens à vous le dire : on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs. Ils m’ont dit ça au téléphone. Ils n’avaient pas encore vu les images », a-t-elle relaté.

Arrivée en poste en 2018 avec un bagage de 17 années de services dans les parcs nationaux de la Sépaq, on ne l’y reprendra pas à deux fois : « Pour ma part, malheureusement, ça prend 30 ans avant que les arbres repoussent et refassent une lisière en bordure de route. Je peux juste (…) mieux faire pour les prochaines fois, me dire que l’information ne va pas m’arriver, qu’il va falloir que j’y aille et que je défende mon point ».

 

 

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Simon Dominé , Rédacteur en chef

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