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16 septembre 2020

Manque de travailleurs étrangers et de main-d’œuvre locale qualifiée

Les cultures non récoltées se perdent dans les champs

Dans les dernières semaines, on a beaucoup entendu parler de cultures qui étaient laissées dans les champs par manque de main d’œuvre pour les récoltes et des terribles pertes que subissent les producteurs maraîchers. L’info a voulu savoir si cette problématique se faisait sentir dans les Hautes-Laurentides.

Kathleen Godmer , journaliste

Pour plusieurs raisons, les travailleurs étrangers œuvrant habituellement au Québec n'ont jamais vraiment pu être remplacés et le manque de main-d’œuvre a forcé plusieurs agriculteurs à réduire leur production ou à l'abandonner dans les champs.
Pour plusieurs raisons, les travailleurs étrangers œuvrant habituellement au Québec n'ont jamais vraiment pu être remplacés et le manque de main-d’œuvre a forcé plusieurs agriculteurs à réduire leur production ou à l'abandonner dans les champs.
© (Photo Pixabay)

Pour ce qui est de l’équipe du Centre d’emploi agricole, il semblerait qu’elle traite un volume de dossier hors de l’ordinaire concernant la situation de la main-d’œuvre étrangère temporaire et est incapable de répondre aux nombreuses demandes médias. Toutefois, Nathalie Villeneuve, conseillère en communications et coordonnatrice régionale pour la Fédération UPA Outaouais-Laurentides a référé L’info à des acteurs du milieu en mesure de répondre aux questions.

Benoît Legault, producteur laitier de Ferme-Neuve et représentant régional pour l’UPA, maitrise bien les différents dossiers qui touchent le monde agricole. Bien qu’il n’ait pas à son emploi de travailleurs étrangers, il a communiqué avec deux producteurs de la région d’Antoine-Labelle qui font appel à des Guatémaltèques afin de pouvoir mieux tracer un portrait régional.

« Au Québec, 2% du territoire est consacré à l’agriculture comparativement aux États-Unis qui en utilisent 56%. Malgré ça, ici aussi on a eu des problèmes dans toutes les sphères de l’agriculture. À cause de la pandémie, tout le monde a eu des pertes et a jeté de la production. C’est difficile à vivre quand on voit des gens qui ont de la misère à se nourrir. C’est abominable », a-t-il raconté.

La crise sanitaire a fait que les gens se sont mis à consommer autrement; par exemple plus à la maison et moins au restaurant. Les producteurs ont dû s’ajuster sur l’offre des produits et oui, il y a eu un gros problème de main d’œuvre (travailleurs étrangers et main-d’œuvre locale).

Le représentant explique que les deux entreprises locales avec qui il a discuté sont « des fermes familiales à dimension plus humaine. Les entreprises Pitre, qui emploient 125 Guatémaltèques chaque année, ont eu un problème, car ils n’ont pu compter que sur 48 travailleurs en début de saison et un dernier groupe vient tout juste d’arriver, portant le total a 95. Des pertes ont donc été subies. (…) Pour l’autre ferme, ce sont des gens pour tirer les vaches dont ils ont besoin, car eux ils sont beaucoup dans les champs. Depuis deux ans, ils emploient quelques Guatémaltèques et malgré les difficultés de cette année, ils ont pu les avoir pour travailler avec eux. (…) Ce qui a aidé, c’est que pour les travailleurs étrangers qui étaient déjà ici, le gouvernement a exceptionnellement prolongé leur visa de travail », a expliqué M. Legault.

Pas plus facile avec la main-d’œuvre locale

Comme il était difficile de faire venir des travailleurs étrangers, le gouvernement a lancé un appel à tous pour inviter les Québécois à aller travailler dans les champs. Certains ont répondu, mais pas en nombre suffisant pour répondre aux besoins.

De plus, la main-d’œuvre québécoise est très différente de celle qui vient de l’étranger. Peu de Québécois sont habitués au travail physique toute la journée.

Le travail aux champs est très exigeant. Il demande de longues heures, de la rapidité et une bonne condition physique. Il faut jusqu'à trois fois plus de temps aux Québécois inexpérimentés pour accomplir le même travail qu’un travailleur étranger, ce qui a un impact sur les profits des producteurs.

Plusieurs travailleurs québécois ne s’attendaient pas au salaire proposé. Certains pensaient être payés en argent, ce qui ne se fait pas. Au fur et à mesure que les différents secteurs d’activités ont repris, ils sont retournés à des emplois mieux rémunérés. De plus, pour certains, la Prestation canadienne d'urgence (PCU) de 2 000 $ par mois s'est avérée bien plus alléchante que le travail aux champs.

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Kathleen Godmer , journaliste

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