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26 novembre 2019

Printemps tardif, hiver précoce, grève au CN, …

La résilience des producteurs agricoles

Après avoir connu un printemps tardif et avoir été surpris par des neiges précoces, le monde agricole a été heurté de plein fouet par une situation sur laquelle il n’a pas de contrôle : la grève au Canadien National (CN), qui a un impact direct sur les livraisons de propane. 

Simon Dominé , Rédacteur en chef

Printemps tardif, chutes de neige précoces, manque de propane en raison d’une grève au CN : les producteurs agricoles en voient encore de toutes les couleurs cette année.
Printemps tardif, chutes de neige précoces, manque de propane en raison d’une grève au CN : les producteurs agricoles en voient encore de toutes les couleurs cette année.
© (Photo : Pixabay)

Représentant des producteurs de grain des Hautes-Laurentides, Christian Forget était inquiet des répercussions de la grève, qui s’ajoute à deux années de galère. Il s’est confié à ˂@Ri˃L’info˂@$p˃ le 21 novembre. 

Normalement, à pareille date, le grain est en train d’être récolté ou l’a déjà été. Mais cette année, les semailles prévues pour le 15 mai ont dû être repoussées au 1er juin et plus. De son côté, l’hiver n’a pas attendu décembre pour cogner à la porte. Résultat des courses : les régions productrices de soya et de maïs se retrouvent dans l’eau chaude. Elles se seraient bien passé, en plus, d’un arrêt de livraison de propane, qui sert à alimenter les silos-séchoirs. 

Dans les Hautes-Laurentides et en Haute-Gatineau, on pourrait se croire à l’abri des conséquences, puisque le climat plus nordique n’est pas forcément propice à ce type de culture. 

« Il y en a qui en font, mais à plus petite échelle et on ne réussit pas tout le temps. »

- Christian Forget

L’impact pourrait être tout aussi important qu’au sud, comme l’explique le représentant local des producteurs de grain : « Une région qui a moins de neige que chez nous, c’est pas grave, il y en a qui vont récolter au printemps. Ils n’ont presque pas besoin de propane rendus au printemps, parce que pendant l’hiver ils ont beaucoup de pertes par les oiseaux et les chevreuils. Rendus au printemps, le 50 ou 75 000 $ de propane que ça leur coûte, ils n’ont pas à le payer. Même s’ils ont des pertes, ça compense. Nous, c’est pas ça. Nous, il y a beaucoup trop de neige; ça peut être une perte totale s’ils ne sont pas capables de rentrer dans le champ pour le récolter ». 

Effet domino

« Dans notre région, vu qu’on fait des céréales à paille – blé, avoine, orge – ça ne passe pas au propane. On est tous équipés de silos avec des ventilateurs plus puissants », poursuit ce membre de l’Union des producteurs agricoles (UPA) Outaouais-Laurentides. Est-ce que ceux qui font du maïs pourraient s’en remettre à la ventilation le temps que les choses rentrent dans l’ordre? M. Forget parle d’un « gros risque » en raison du taux d’humidité sans doute trop important.  

Il craint qu’une mauvaise récolte de grain impacte l’ensemble de l’industrie, puisque beaucoup de producteurs s’en servent pour nourrir leurs troupeaux : « Les gens qui ne produisent pas de maïs ici, ils en achètent pareil. Ça va être à quel prix et pour quelle qualité? Il y en a qui en achètent beaucoup pour l’industrie laitière. Et ça, ça va nous affecter par la bande aussi ».

25 ans d’ajustements

Le membre de l’UPA Outaouais-Laurentides installé à Ferme-Neuve trouve que ces dernières années, « c’est assez difficile », même si les bouleversements ne datent pas d’hier.

Il s’explique : « Ça fait 25 ans qu’on doit s’ajuster aux changements climatiques. On le vit. On ne s’est pas réveillé l’année passée pour dire : ç’a changé. On n’a plus de printemps. L’automne souvent c’est rendu bien plus long – ça n’a pas été le cas cette année et la précédente. Faut vraiment être à la fine pointe. On dépense beaucoup dans nos champs : drainage, mise des structures de sol à point ». 

À ces difficultés s’ajoutent aussi l’épineuse question de la relève. « On tient le fort à bout de bras, mais quand la relève elle décide d’aller travailler à meilleur salaire et moins dur ailleurs, bah il y en a qui sont obligés de lâcher », illustre-t-il. 

Malgré tout, M. Forget garde le moral.

« On aime tellement ce qu’on fait qu’on a toujours été prêts à se sacrifier et on s’est sacrifié aussi. »

-Christan Forget 

« Moi, j’ai 60 ans et je ne lâcherai pas demain matin. Je vais tout faire pour continuer. J’aime ce que je fais. C’est pas facile. Quand on connaît des climats comme ça, c’est encore plus dur, mais on a une belle gang dans la région. L’agriculture dans la région, faut pas dire qu’elle se porte bien, mais on a du bon monde qui travaille là-dedans », termine le producteur agricole. 

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Simon Dominé , Rédacteur en chef

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