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26 novembre 2019

Ferme-Neuve

Produire des grains 100 % biologiques, c’est possible

« Produire de l’avoine et du blé sans utiliser d’herbicides, de pesticides, ni d’intrants chimiques, c’est possible », affirme Christian Forget de la Ferme Christian et Josée spécialisée dans la production de grains biologiques. Depuis quatre ans, cette entreprise participe bénévolement au programme offert par l’Initiative de la famille Bauta sur la sécurité des semences au Canada.

Murielle Yockell , Journaliste

« Produire de l’avoine et du blé sans utiliser d’herbicides, de pesticides, ni d’intrants chimiques, c’est possible », affirme Christian Forget de la Ferme Christian et Josée spécialisée dans la production de grains biologiques.
« Produire de l’avoine et du blé sans utiliser d’herbicides, de pesticides, ni d’intrants chimiques, c’est possible », affirme Christian Forget de la Ferme Christian et Josée spécialisée dans la production de grains biologiques.
© (photo : Pixabay)

S’agit-il d’organismes génétiquement modifiés (OGM)? « Non, loin de là! », répond en riant M. Forget qui est aussi président de la Coop BioGrain des Hautes-Laurentides. Son adhésion au Programme de sélection végétale participative pour le blé et l’avoine adaptée à l’agriculture biologique remonte à 2015 alors qu’il participait à la Journée sur la production de semences de grains biologiques organisée par l’Union des producteurs agricole (UPA). 

Débuté en 2012 et mis en place en 2013, ce programme avait été présenté dans le cadre de cette jour-née par Helen Jensen, Ph. D., coordonnatrice régionale du programme pour le Québec.

Pourquoi les semences?

En résumant une partie des informations trouvées sur le site de l’Initiative de la famille Bauta sur la sécurité des semences au Canada, on en retire ce qui suit : « Les changements climatiques ont des répercus-sions importantes sur l’agriculture (événements météorologiques imprévus et extrêmes de plus en plus fréquents, dégradation des sols, apparition de nouvelles maladies et de nouveaux insectes nuisibles). La diversité génétique végétale est le meilleur outil pour s’adapter aux changements climatiques. Sur la pla-nète, la biodiversité agricole a diminué de 75 % au cours du dernier siècle et seulement 10 % des variétés restantes sont offertes sur le marché. Les trois quarts de la nourriture mondiale proviendraient de seulement 12 espèces végétales et cinq espèces animales. En raison d’une consolidation d’entreprises dans l’industrie des semences, trois grandes entreprises contrôlent désormais 53 % du marché commercial mondial de se-mences, tandis que 10 des plus grandes entreprises en contrôlent 75 %. Associé à d’autres dynamiques, cela accroît la vulnérabilité du système semencier et du système alimentaire. Pour être résilients face à ces bou-leversements, les agriculteurs doivent avoir accès à des variétés nouvelles et anciennes capables de relever ces défis. Soutenu par USC (Unitarian Service Committee) Canada, l’Initiative de la famille Bauta sur la sécurité des semences au Canada est un organisme qui collabore avec des agriculteurs, des semenciers, des chercheurs ainsi que des partenaires issus des milieux civils, gouvernementaux et privés afin de prendre des mesures pour conserver et développer la biodiversité, maintenir l’accès public aux semences et offrir des programmes de recherche et de formation sur la production de semences écologiques adaptées aux besoins réels des producteurs biologiques ».

Qu’en est-il à Ferme-Neuve?

En 2015, la Ferme Christian et Josée commençait à s’impliquer dans ce programme en tant que sélec-tionneur de semences. Après avoir spécifié ses critères pour la sélection d’un plant, M. Forget a reçu trois hybrides d’avoine du laboratoire de la famille Bauta, soit le père, la mère et l’hybride (le triticale est le premier hybride créé par l’homme à partir du blé et du seigle, surtout cultivé à partir des années 60 comme céréale fourragère). 

Par exemple, les producteurs habitant des plaines vont choisir des plants plus courts pour éviter la verse (les plants se couchent au sol en raison d’une forte pluie ou d’un vent fort; il y a alors un risque de moisissure). « Dans notre région, c’est l’inverse : on veut beaucoup de pailles et on peut se le permettre parce qu’on est entouré de montagnes et qu’on a beaucoup moins de vent. Quand j’ai un plant en vie avec une feuille large qui fait de l’ombre, ça m’intéresse aussi. Pendant l’été, je pouvais déjà voir que des plants m’arrivaient à la ceinture, alors que d’autres poussaient plus haut que ma tête; puis j’enlevais systémati-quement les hybrides qui étaient maladifs. »

À l’automne, M. Forget a récolté les grains à partir des plus beaux épis et dont les plants arrivaient à mi-hauteur, puis les a envoyés au laboratoire. Après de nouveaux tests et nouvelles cultures, le laboratoire retourne les semences choisies selon les critères de la ferme pour la dernière étape du projet. Cette année, les plants d’avoine poussaient tous à la même hauteur en plus de correspondre à ses autres critères. 

En plus d’apporter une biodiversité au niveau des semences, cette façon de faire connaît un taux de réussite plus élevé, puisque les producteurs choisissent leurs plants en fonction de leurs besoins et des différentes variables qui prévalent dans leur région (climat, nature du sol, insectes nuisibles, etc.). Ainsi, l’hybride de départ qui a été envoyé en Saskatchewan ou à l’Île-du-Prince-Édouard ne donnera pas les mêmes résultats qu’à Ferme-Neuve. Selon M. Forget, une recherche de ce genre coûte environ 90 000 $ au laboratoire. 

Les grains bios au Québec

À l’UPA, Jérôme-Antoine Brunelle, agronome et coordonnateur au développement de l’agriculture biologique, nous informe qu’en 2016 au Québec, le Comité agriculture biologique du Centre de référence en agriculture et agroalimentaire du Québec (CRAAQ) a animé une démarche de concertation sur le thème « Mise en valeur des succès d’innovation en agriculture biologique et établissement des priorités en recherche appliquée pour le secteur biologique québécois ». Les orientations proposées ont été regroupées dans le document « Priorités de recherche et de transfert de connaissances en agriculture biologique au Québec, Horizon 2017-2022 » qui est disponible sur le site Web Agri-Réseau. 

La Table de développement de la production biologique de l’UPA, en collaboration avec le CRAAQ, a ensuite créé des groupes de travail constitués d’agronomes, de chercheurs, de producteurs, de semenciers et d’acheteurs pour la réalisation du projet « Des variétés et des races adaptées pour une meilleure produc-tion biologique ». 

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Murielle Yockell , Journaliste

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