Partager:
25 décembre 2019

Projet de loi 40

« Le ministre a carrément manqué la cible »

« Ç’a n’a pas de bon sens. Alors que les profs demandent une revalorisation de la profession, le ministre a carrément manqué la cible », s’insurge le président du Syndicat du personnel enseignant des Hautes-Rivières (SPEHR), Daniel Boisjoli, à propos du projet de loi 40 modifiant la Loi sur l’instruction publique. 

Simon Dominé , Rédacteur en chef

D’après M. Boisjoli, le projet de loi 40 risque de toucher à l’autonomie professionnelle des enseignants. Il ne semble pas impressionné par les raisons que le ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, Jean-François Roberge, invoque pour aller de l’avant avec son projet de loi (faible taux de participation aux élections scolaires, économies, meilleure réussite des élèves).

Quand il reçoit˂@CP˃L’info˂@$p˃dans ses bureaux, le président du SPEHR démonte le tout en une minute : d’abord, la participation aux élections scolaires serait plus forte si les gens pouvaient élire leurs commissaires scolaires en même temps que leurs élus municipaux; ensuite, les économies de 45 M$ sur quatre ans qu’on nous fait miroiter seraient marginales; enfin, la meilleure réussite des élèves ne sera pas favorisée avec un projet de loi qui viendrait enlever du pouvoir aux enseignants et remettre en question leur jugement.

Une école à la carte?

Le syndicaliste craint que les parents puissent choisir l’école de leurs enfants, advenant que l’article 1 de la Loi sur l’instruction publique soit modifié. 

« On vient assouplir cet article, permettant aux parents de magasiner leur école. On a peur qu’il y ait une école à la carte. »

-Daniel Boisjoli

M. Boisjoli redoute également que les parents se retrouvent en position majoritaire sur les conseils d’établissement et que cela se ressente au niveau des orientations pédagogiques et des projets particuliers des écoles. Il commente : « On a peur (...) qu’il y ait une compétition qui soit malsaine entre les écoles. Ça, c’est pas ce qui vient favoriser l’égalité des chances. Loin de là ». 

Il donne l’exemple de la grille matière (le temps alloué aux diverses disciplines : univers social, sciences, arts, éducations physique, mathématiques, français), qui n’est pas prescrite. Une situation que M. Boisjoli ne trouve déjà pas optimale et qui pourrait s’aggraver : dans chaque école, « (…) les parents pourraient décider d’allouer moins de temps à une matière, par exemple en éducation physique ou en musique et en mettre plus dans un projet d’anglais intensif. Ça, ça vient jouer sur l’égalité des chances encore une fois ». 

Ce n’est pas tout, puisque cela pourrait aussi avoir des conséquences pour les enseignants eux-mêmes : « Par exemple, un prof d’éducation physique pourrait perdre des heures au détriment de l’anglais. Ça vient jouer sur la tâche des enseignants et sur la précarité de la profession », prévient le président du SPEHR. 

À propos des notes

Une autre chose fait bondir le syndicaliste : la perspective que les directions d’écoles aient le pouvoir de gonfler les notes de certains élèves afin d’atteindre les cibles chiffrées de réussite qui leur sont imposées. En clair : maquiller la réalité. 

M. Boisjoli assure qu’« Une direction pourrait très bien dire : j’ai des élèves à 57 et mon taux de réussite n’est pas assez élevé. Je vais faire passer les élèves de 57 à 60 et le taux de réussite dans l’école va être accentué, va être meilleur ». 

« Ç’a n’a pas de bon sens! »

-Daniel Boisjoli

Vue d’ensemble

:Le président du SPEHR voit aussi d’un mauvais œil la volonté de rendre la formation continue obligatoire pour les enseignants. Pour lui, il y a beaucoup de préjugés sur les enseignants, alors qu’ils sont « continuellement en formation ».

Selon M. Boisjoli, la profession est déjà bien encadrée par la Loi sur l’instruction publique et par la convention collective, qui oblige les enseignants à maintenir un haut degré de compétence professionnelle. Ce qui lui fait dire que « Ça ressemble à un ordre professionnel déguisé, le projet de loi 40, pour les enseignants ». 

S’il est d’accord pour dire qu’il y a effectivement « une amélioration de la structure à avoir », il rétorque du même souffle que ce ne sont pas les centres de services appelés à remplacer les commissions scolaires qui viendront rendre service aux élèves. 

Il précise sa pensée : « Quand la commission scolaire a une vue d’ensemble sur tous les établissements, moi je pense qu’il y a une meilleure structure scolaire de cette façon-là et une meilleure égalité des chances pour la répartition des services. Ça, c’est ma vision ».

Partager:

Simon Dominé , Rédacteur en chef

  • Courriel

À ne pas manquer